L'esprit du Yoga

Le Yoga

Outil de compensation ou réconciliation ultime ?

Marc Beuvain -

Qui ne rêve pas de la pleine santé ? Aujourd’hui, nous la considérons comme passagère. Un moment de plénitude entre deux creux. La chance de ne jamais tomber malade semble réservée à quelques individus exceptionnels.

Notre vision de nous-mêmes reste ancrée dans la fragilité. Les microbes nous guettent. Les maladies graves nous menacent. Dans ce contexte, évoquer un état où la maladie devient tout simplement impossible paraît fou.

Pourtant, les Yoga Sutra de Patanjali affirment le contraire. Non seulement cet état existe, mais il constitue notre nature profonde. Nous sommes faits pour vivre en pleine santé permanente.

Comment y accéder ? Par la reconnexion entre notre matière — corps, mental, émotions — et notre être profond. C’est le cœur du Yoga thérapeutique authentique.

La déconnexion : cause profonde de la maladie

Patanjali nous l’explique clairement. La pleine santé s’atteint lorsque toute notre matière vibre selon notre être profond. Selon notre conscience.

La maladie et le mal-être surviennent dans un seul cas. Quand une déconnexion s’installe entre ces deux aspects de l’être humain : la matière et l’être profond.

Qu'est-ce que la "matière" en Yoga ?

Nous avons tendance à considérer comme matériel uniquement ce que nous pouvons toucher, sentir ou voir. Dans ce cas, notre matière se limiterait à notre corps physique.

En yoga, le terme « matière » possède un sens bien plus large.

Notre matière se compose de trois éléments :

• Notre corps physique
• Notre mental et nos pensées
• Nos émotions

Cette vision élargie change tout. Elle explique pourquoi le stress mental peut rendre physiquement malade. Pourquoi les émotions refoulées finissent par affecter le corps.

Le choix du Yogi : matière ou conscience ?

Selon Patanjali, notre être profond possède des qualités remarquables. Il est éternel, pur, source de confort et de pure conscience.

À l’opposé, nous possédons aussi un aspect temporaire. Cet aspect est impur, source d’inconfort et dépourvu de conscience propre. C’est notre matière.

La matière au service de la conscience

Cette matière n’est pas faite pour se débrouiller seule. Elle est conçue pour servir notre pure conscience.

Chez l’être humain accompli, celui qu’on pourrait appeler « yogi », cette soumission est naturelle. La matière s’abandonne à l’être profond.

Les bénéfices de cet abandon :

• Accès à une source de sagesse illimitée
• Disparition de la maladie
• Fin du doute et du mal-être
• Toute la matière vibre en harmonie avec la conscience

La conscience est éternelle et source de confort. Quand la matière s’aligne sur elle, la pleine santé devient l’état naturel.

La confusion qui cause toute souffrance

Hélas, la plupart d’entre nous possèdent une matière obstinée. Une matière un peu sauvage. Elle croit avoir mieux à faire que de se soumettre à son contraire : l’être.

C’est la confusion totale. Patanjali utilise deux termes précis pour la décrire :

• Svamisakti (sutra II.23) : celui qui est véritablement maître, notre être profond
• Svasvakti (sutra II.23) : celui qui pense être maître, notre matière

Sur ce point, Patanjali est catégorique. Le sutra II.24 affirme : « Tasya hetuh avidya » — cette confusion est la cause de toute souffrance.

Pas une partie de notre souffrance. Toute notre souffrance.

Une matière épuisée par l'autonomie

Cette matière têtue qui prend son indépendance ne sait pas dans quelle aventure elle se lance. Vouée à elle-même, elle perd pied.

L’être humain qui vit à travers une matière coupée de la conscience ressemble à un explorateur sans boussole. Il avance dans la vie en se repérant comme il peut. Il grappille des indications à droite et à gauche. Il s’agrippe à tout ce qui permettra sa survie.

Il avance, certes. Mais sans direction. Comme un enfant apeuré dans le noir.

Le mode survie

L’être humain se repose totalement sur sa matière. Or cette matière possède une nature limitée. Elle a rarement les réponses à ses questions.

Coupée de la conscience, la matière s’épuise. Elle joue un rôle pour lequel elle n’est pas faite. La vie perd son sens. L’être humain bascule en mode survie.

Les conséquences de cette déconnexion :

• Épuisement des ressources de la matière,
• Recherche constante de repères extérieurs,
•Dépendance aux autres pour savoir comment avancer,
• Perte de direction et de sens.

Il n’est pas étonnant que cette matière finisse souvent malade. Cassée. Vidée. Et à la fin, morte. Limitée par nature, elle ne peut pas assumer le rôle de guide. Ce rôle appartient à la conscience.

L'invitation à écouter son cœur

Il n’est pas facile de s’abandonner à la conscience, qui a peu d’égard pour toutes les choses auxquelles notre matière s’attache. On peut être amené à questionner nos relations familiales, amoureuses, ou amicales, nos choix professionnels ou nos croyances religieuses. Lorsqu’on n’est pas prêt à faire ce grand pas, à s’abandonner à la conscience pour entreprendre une « yoga thérapie » ultime, on peut avoir besoin d’un Yoga thérapeutique de compensation. Tous les outils du yoga tels que les postures, la respiration, et la méditation peuvent alors être très utiles pour apaiser la souffrance de notre matière. 

Sans même faire le pas vers l’évolution de conscience, on peut déjà avoir des résultats thérapeutiques surprenants avec les postures bien adaptées, et une respiration bien maîtrisée. Je propose simplement de nous rappeler la raison d’être de ces outils. Le yoga ne se limite pas à des outils de compensation pour un contexte de vie inapproprié. Il peut bien évidemment être très utile et agréable de soulager la raideur de la nuque à la fin d’une journée stressante à l’aide d’une posture de yoga, ou d’utiliser la respiration pour s’endormir paisiblement le soir. Cependant la raison d’être de ces outils est d’une noblesse qui dépasse la simple compensation « thérapeutique ».

Postures, exercices respiratoires, méditation, chants, bandhas et autres outils du yoga permettent de calmer et maîtriser le corps, les émotions et le mental, d’apaiser le « bruit » intérieur.

Avec sa matière ainsi apaisée, on peut être à l’écoute de son être profond, de sa « voix » intérieure, et avancer intuitivement. On basera alors ses choix de vie sur autre chose que la peur, les compromis et le besoin de sécurité.

Dans cette dynamique, la matière vibre selon la conscience, et la maladie n’a plus sa place. C’est la « yoga thérapie » ultime : une invitation à écouter notre coeur, pour une réelle guérison individuelle et collective.

Article yoga Sutra - Contrôle (8)

Rejoignez la conversation !

Partagez votre avis, posez vos questions et échangez avec notre communauté.

Inscription gratuite et rapide

Suivant Yoga anti-stress